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-Chapitre 128-

-Chapitre 128-

-POV Johanna Swann-

J’ai observé, le cœur battant, le dernier navire de la flotte de mercenaires et de pirates que nous avons payée afin de mettre à feu et à sang les Stepstones, quitter le port de Lys.

Je n’arrêtais pas de me demander intérieurement si je venais d’assurer mon avenir ainsi que celui de Baelon, ou bien si je venais de nous condamner tous les deux.

‘Quoi qu’il arrive maintenant, je ne peux qu’espérer que tu sais ce que tu fais, Aemon’, pensai-je en priant intérieurement pour le succès de cette mission.

Même si mes doutes étaient profonds et légitimes, car c’était une opération risquée que nous étions en train de mener, je n’ai à aucun moment envisagé de trahir ou même de quitter le camp d’Aemon, car je savais déjà ce que je pouvais attendre de Daemon.

‘Rien du tout.’

« Es-tu sûre et certaine que cela fonctionnera ? » me demanda Drakerio Rogare, clairement tendu.

J’avais échoué à entraîner tous les autres contacts que je m’étais faits, tous trouvant qu’attaquer les Stepstones était trop dangereux avec une simple flotte de mercenaires.

‘Étonnamment, malgré le fait que la famille Rogare soit une famille de banquiers et possède quelques maisons de plaisirs, c’est le seul qui a accepté de partager les risques d’une telle entreprise’, pensai-je.

« Vous pouvez être certain que le Prince… »

« Ce n’est pas à vous que je m’adressais ! » dit-il, clairement tendu par la situation et regrettant sûrement un peu de s’être précipité.

Il ajouta, afin d’évacuer la frustration qu’il ressentait :

« Vous n’êtes rien de plus qu’un minable chevalier doublé d’un putain de messager. »

J’ai passé mon bras dans le creux du sien, puis je lui ai chuchoté doucement à l’oreille :

« Ne te mets pas en colère contre lui. Je connais Ser Willem depuis ma plus tendre enfance. C’est un chevalier qui a gagné sa place à la cour du Prince Aemon, doublé d’un homme intègre. S’il dit que le Prince viendra, c’est qu’il viendra. »

« Il a intérêt à être là », dit Drakerio, de plus en plus agité en réalisant ce qu’il venait de faire.

« Il sera là. Fais-moi confiance quand je te dis qu’il a tout intérêt à être là le moment venu, peut-être encore plus que nous », dis-je en essayant de le rassurer du mieux que je pouvais.

Voyant que cela ne le rassurait pas, j’ai cherché dans ma mémoire ce qui pourrait le faire.

Puis j’ai dit :

« Je me suis renseignée et j’ai appris que son dragon avait maintenant dépassé Balerion en taille. »

« Tu en es certaine ? » m’a-t-il demandé, légèrement inquiet.

‘Non’, pensai-je, mais j’ai néanmoins hoché la tête.

Même si je ne connaissais pas la taille actuelle exacte du dragon d’Aemon, le simple fait qu’il soit comparé en taille à Vhagar par Ser Willem me donnait un ordre d’idée de sa grandeur.

‘Ce n’est pas un véritable mensonge. Caraxes n’approche même pas de la moitié de son dragon’, pensai-je, car je savais que le dragon de Daemon n’avait pas augmenté significativement sa taille.

‘Voire même pas du tout’, pensai-je.

« Je ne me serais pas lancée dans une telle folie sans avoir d’assurances », dis-je en posant une main sur sa joue afin qu’il me regarde dans les yeux.

Cela eut l’effet escompté, car il se calma et dit :

« Hmm, tu as raison. »

« Ne t’en fais pas, tout se passera bien. Fais-moi confiance, nous régnerons bientôt sur tout ce monde », dis-je en détournant légèrement les yeux pour observer la ville de Lys derrière nous.

Drakerio se retourna et dit, en passant au haut-valyrien, un sourire montant sur son visage :

« Si tu ne t’étais pas personnellement portée garante de cette affaire, je n’aurais même pas écouté ce chien errant. »

J’ai souri, puis j’ai dit :

« Je sais, mon cher, et je te suis reconnaissante de ton soutien sans faille. Tu es un véritable ami. »

« Reconnaissante à quel point ? » dit-il, arborant un sourire taquin en passant un bras autour de ma taille.

Il s’est penché vers moi, réclamant un baiser, mais j’ai détourné la tête et, d’un mouvement fluide, atteint son oreille afin de lui chuchoter doucement :

« Rejoins-moi cette nuit dans mes appartements. Les gardes te laisseront entrer. »

Son sourire s’élargit grandement, puis ce dernier se retira et dit :

« Je vais donc de ce pas me préparer. »

J’ai hoché la tête, le regardant s’éloigner tout en maintenant ce sourire factice.

Une fois qu’il fut hors de vue, mon visage se resserra d’un seul coup, et je dis d’un ton froid :

« Aemon a intérêt à faire ce qu’il a dit, sinon vous ne quitterez jamais cette île. J’espère que vous en êtes conscient. »

« Le Prince fera ce qu’il dit », répondit Willem d’un ton inébranlable.

« J’ai appris que vos relations n’étaient pas aussi claires qu’il y paraissait », dis-je à ce chevalier qui n’était pas un chevalier ordinaire, avant d’ajouter :

« Connaissant Aemon, il pourrait très bien se servir de moi pour embêter son père tout en se débarrassant de vous. »

‘Sans avoir à se salir les mains’, terminai-je intérieurement.

« Je maintiens ce que j’ai dit. J’ai une totale confiance en mon prince. Il fera ce qu’il dit », répliqua Ser Willem avec une assurance inébranlable.

Cette confiance aveugle m’a agacée.

J’avais appris à mes dépens, et je continuais à apprendre, que malgré toutes les promesses qu’un homme peut vous faire, vous ne pouvez jamais être sûr qu’il honorera sa parole au moment venu.

Combien de ces amiraux, patriarches des plus grandes fortunes de Lys, m’avaient promis monts et merveilles pour pouvoir entrer dans mon lit ?

‘Nombreux’, pensai-je, en me rappelant les centaines d’événements où ils m’avaient invitée.

Mais combien avaient réellement tenu parole ?

‘Un seul pour l’instant’, me dis-je, en me remémorant toutes les portes auxquelles j’avais dû frapper pour trouver un autre partenaire.

‘Un bouc émissaire si tout venait à mal tourner’, pensai-je, en essayant d’assurer mes arrières du mieux que je pouvais en cas d’échec.

« Vous êtes prêt à mettre votre vie en jeu ? Parce qu’au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, ce que nous sommes en train de faire, c’est jouer tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes. Si nous avons le malheur de finir vaincus, nous serons plus que probablement sacrifiés par les hautes instances de Lys et de la Triarchie, qui ne veulent pas d’une autre guerre avec les Sept Royaumes pour apaiser la soif de vengeance de Daemon », dis-je d’un ton agacé.

« Sans hésiter », répondit-il sans la moindre hésitation, toujours aussi inébranlable.

J’ai secoué la tête avant de dire d’un ton ironique :

« C’est beau, l’amour. »

« Je ne vous le fais pas dire », répondit Ser Willem, d’un sérieux absolu qui me fit rouler des yeux avant de me diriger vers notre calèche.

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-POV Saabhos Saan-

« Cela ne va pas être une partie de plaisir, capitaine », dit mon second, Ferdinio.

‘C’est un euphémisme’, pensai-je.

‘Même si nous recevons l’aide que nous attendons dans les temps, nous devrons quand même nous battre pour faire tomber en moins d’une semaine les forts de l’île de l’Hippocampe, de l’île au Serpent, de Grey Gallows, de l’île au Pied Retourné, ainsi que la principale et la plus défendue de toutes : Bloodstone, forte de 3 000 hommes d’armes’, pensai-je.

Je redoutais le moment où nous commencerions à engager le combat, car nous serions alors dans une impasse sans retour possible.

Notre seule issue serait la victoire.

J’ai secoué la tête, puis j’ai dit :

« Normalement, c’est ce qu’ils m’ont vendu. »

« Mais vous ne croyez pas à l’attaque d’un cavalier dragon », dit Ferdinio, perçant à jour mes doutes.

J’ai haussé les épaules, puis j’ai dit :

« Je ne connais pas correctement… ni même personnellement les Targaryen. Mais ils ne doivent pas être différents des autres familles fortunées : la richesse et le pouvoir peuvent être des causes de guerres fratricides. »

« Mais ? » dit Ferdinio, essayant de me faire cracher tout ce que je gardais au fond de moi.

« Mais je ne peux rien laisser au hasard », dis-je.

« Vous avez raison, capitaine », dit Ferdinio.

« Tu m’appelles encore capitaine alors que tu es mon meilleur ami. Quand vas-tu changer cette habitude ? » dis-je à l’esclave que mon père avait libéré et recruté dans son équipage.

« Parce que sur ce bateau… »

« Vous êtes mon capitaine, oui, je connais la chanson », dis-je d’un ton moqueur, en roulant des yeux, avant de dire :

« Mais si tu tiens à être formel avec moi, Ferdinio, appelle-moi à partir de maintenant commandant, car je suis le commandant de cette flotte. »

« Donc vous allez le faire… commandant », dit-il d’un ton subtilement moqueur.

‘Une autre personne que moi aurait pu passer à côté’, pensai-je.

« Hmm, cela sonne si bien. Redis-le encore une fois. »

« Commandant… » commença-t-il, essayant de changer de sujet.

« Hmm. Encore une dernière fois… », dis-je, simulant un frisson de joie, trouvant drôle de me moquer de mon meilleur ami de cette façon.

« Commandant ! » dit Ferdinio, agacé par mon comportement.

J’ai haussé les sourcils, puis j’ai dit :

« On ne peut même plus rigoler, pour l’amour d’Yndros. »

« Donc ? » me demanda Ferdinio sérieusement.

J’ai poussé un long soupir, puis j’ai dit en m’asseyant sur mon siège, tout en dévissant un bouchon d’une bonne bouteille de vin dornien :

« Ferdinio, tu me connais depuis combien d’années ? »

« Cela va bientôt faire trente ans, commandant », dit-il, juste au moment où je réussis à dévisser le bouchon de cette maudite bouteille.

« M’as-tu déjà vu refuser des contrats ? » demandai-je en versant dans un gobelet ce bon vin.

« Bien sûr », dit-il, me surprenant.

‘Et il n’a pas tort, car j’inspecte toujours minutieusement tous mes contrats, celui-ci étant une exception, car même en cas d’échec, la moitié du paiement pourrait me suffire pour terminer mes jours dans l’opulence’, pensai-je.

« Je veux dire des contrats que j’avais déjà acceptés d’honorer », dis-je en humant l’odeur de ce bon vin.

« Aucun », dit Ferdinio.

J’ai écarté les bras, puis j’ai dit d’un ton soulignant l’évidence :

« Alors, à ton avis, qu’est-ce que je vais faire ? »

« L’honorer », dit Ferdinio d’un ton déçu.

En voyant ses yeux se diriger vers le sol, je lui ai demandé :

« Tu es déçu ? »

« Non… » dit-il dans un premier temps, se retenant de dire quelque chose d’autre.

« Mais ? » ai-je demandé, sentant qu’il n’avait pas exprimé ce qu’il avait véritablement sur le cœur.

« Mais si jamais nous n’arrivons pas à mener notre mission à bien, quel que soit le problème que nous rencontrerons, nous ne pourrons plus jamais naviguer dans ces eaux jusqu’à la fin de notre vie », finit-il par avouer.

‘Tu réfléchis dans le mauvais ordre, mon ami’, pensai-je, trouvant cela adorable.

« Il faudrait encore que nous soyons en vie à ce moment-là », dis-je en éclatant de rire, avant de lui faire signe de sortir.


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