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-Chapitre 106-

-Chapitre 106-

-POV Lyonel Fort-

En refermant la porte des appartements du roi, je m’éloignai d’un air impassible.

Ce n’est qu’après une dizaine de mètres, une fois arrivé au bout du couloir menant à l’extérieur du donjon principal pour rejoindre mes appartements dans la tour de la Main, et hors de vue des chevaliers de la Garde royale, que je pus soupirer, à la fois de soulagement et de frustration.

‘Je suis obligé de jouer à ce jeu dangereux à cause de toi, mon fils,’ pensai-je, profondément agacé de devoir naviguer dans des eaux aussi troubles.

Certes, je ne mentais pas au roi, car, tout comme lui, je voulais voir la princesse Rhaenyra siéger sur le trône de fer, mais au fond…

‘Je ne vaux pas mieux qu’eux tous,’ pensai-je, car…

Mes pensées furent brusquement interrompues lorsque quelqu’un m’attrapa par le collet et me plaqua violemment contre le mur.

Avant même de comprendre ce qu’il se passait, je sentis un coude appuyer fortement contre ma trachée, m’empêchant de respirer.

Tout s’était passé bien trop vite, et instinctivement, la douleur et la peur me forcèrent à fermer les yeux.

Ce n’est qu’en entendant la voix basse et froide de mon agresseur que je compris de qui il s’agissait.

J’ouvris les yeux, et même si je savais déjà qui c’était, j’avais du mal à croire ce que je voyais.

Il était en train de m’agresser au beau milieu du Donjon Rouge, dans le plus grand des calmes.

« Alors comme ça, j’ai appris que vous n’avez pas digéré votre petite rétrogradation de poste, » dit l’homme, qui me dépassait largement d’une tête.

Ses yeux violets perçaient les miens avec une intensité telle que je crus que ma dernière heure était arrivée.

Mais voyant qu’il n’avait pas sorti d’arme, je compris qu’il était là uniquement pour m’intimider.

‘Comment est-il au courant ? Il n’a personne dans la capitale,’ pensai-je, essayant de reprendre mon souffle alors qu’il relâchait légèrement la pression de son coude contre ma gorge.

« Vous ne pouvez pas faire ça. Le roi vous punira, » dis-je, tentant de l’effrayer tout en me débattant pour échapper à sa poigne de fer.

« Que peut faire ce faible vieillard ? » rétorqua Aemon, légèrement amusé par mes menaces et mes vaines tentatives de me libérer.

J’allais le réprimander pour son insulte envers le roi, mais il augmenta la pression sur ma gorge, m’empêchant à nouveau de respirer, avant d’ajouter :

« Il n’y a personne ici. Aucun garde ne viendra vous sauver. »

‘Comment le sait-il ?’ me demandai-je, surpris qu’il connaisse aussi précisément les postes des chevaliers du Donjon Rouge.

« Vous vous demandez comment je le sais aussi précisément ? » demanda Aemon, comme s’il pouvait lire dans mes pensées.

Avant même que je ne puisse répondre, il poursuivit : « Vous avez sûrement une petite idée de qui m’a donné ces précieuses informations, ainsi que celles qui m’ont permis de me déplacer si rapidement dans ce château, pratiquement inconnu pour moi, pour vous trouver aussi facilement. »

Je ne répondis pas, trop absorbé par mes propres spéculations et le manque d’oxygène qui brouillait peu à peu ma réflexion.

Le prince sourit et dit doucement : « Je n’ai pas besoin de mon dragon, qui vous terrifie tous autant que vous êtes, pour instiller la peur qui transpire de vous. Si je voulais la mort de l’un d’entre vous, il ne me faudrait qu’une pièce d’or pour payer un homme désespéré, qui ne saurait même pas pourquoi il doit vous tuer… vous ou votre précieuse petite-fille. »

J’écarquillai les yeux, complètement choqué par ses paroles, oubliant de me débattre.

Cela sembla l’amuser, car il relâcha totalement sa prise sur ma gorge et fit un pas en arrière, me laissant à genoux, massant ma gorge tout en crachant.

Toux, toux, toux.

« Co… Co… Comment… » réussis-je à articuler une fois que j’eus repris assez d’air pour parler.

« Faites un effort, » répondit le prince en roulant des yeux, sur un ton simulant l’ennui.

Je baissai la tête, cherchant une réponse au sol, et une idée me frappa comme un éclair.

Comment savait-il qu’il n’y avait pas de garde ici ? Comment connaissait-il l’existence d’un passage secret ? Comment savait-il que je conseillais le roi contre lui ?

‘Une seule personne peut savoir autant de choses,’ pensai-je, terrifié par ma propre spéculation.

« Larys, » soufflai-je en soupirant.

« Et oui, » acquiesça-t-il, comme si c’était évident.

J’étais stupéfait que mon propre cadet ait pu me trahir ainsi.

‘Qu’il ait pu trahir toute notre famille,’ pensai-je.

Le prince ne me laissa pas le temps de digérer cette révélation et poursuivit :

« Je n’ai pas été étonné que Rhaenyra se fasse séduire par son bouclier juré. Je veux dire, elle aime ça. Elle l’a fait quand Cole était à son service. Donc, j’imagine que c’est une sorte de fantasme pour elle… »

Puis il plissa les yeux, regardant le mur, comme s’il s’adressait directement à sa cousine :

« Mais apprendre qu’elle portait un enfant de ce même bouclier juré… ça, ça m’a vraiment choqué. Et qu’elle donne le nom de mon arrière-grand-mère à sa bâtarde… ça m’a vraiment foutu hors de moi. »

« Vous l’avez toujours su ? » demandai-je, car il semblait au courant de la relation de Rhaenyra bien avant Harwin.

Aemon fronça les sourcils, presque indigné : « Bien sûr que je l’ai toujours su. »

« Pourquoi ne nous avez-vous pas dénoncés dès que vous l’avez su ? » demandai-je après un instant.

« Parce que cela ne m’aurait rien rapporté à l’époque, » répondit-il.

« Et maintenant ? » demandai-je, car s’il arrivait à prouver ses dires, c’est toute la Maison Fort qui serait exterminée sans aucun procès.

Il me fixa pendant quelques secondes avant de claquer sa langue et de dire :

« Vous avez de la chance d’avoir un bon fils. Ne lui en voulez pas, car c’est à lui que vous devez la vie. S’il ne m’avait pas informé de votre petit stratagème, j’aurais fait en sorte que vous subissiez un accident pour avoir osé essayer de me doubler aussi profondément. »

Je plissai les yeux, cherchant à comprendre.

Pourquoi ne disait-il rien ?

Ses explications ne me convenaient pas.

Une personne comme lui sauterait sur l’occasion de me discréditer et de retrouver les faveurs du roi.

Pourquoi s’en abstient-il ?

‘Dire que c’est pour Larys, c’est absurde. Il se sert de Larys. S’il ne dit rien, c’est qu’il n’a aucune preuve. Le roi est trop attaché à sa fille pour croire à de telles accusations sans fondement,’ pensai-je, retrouvant un peu d’espoir.

Je souris doucement, me relevant, et dis : « Vous ne pouvez rien prouver. »

Aemon sourit sans nier et répondit : « Qui vous demande des preuves ? »

Je plissai les yeux, perplexe. Il ajouta, pour s’expliquer :

« Rhaenyra est une femme. Elle avait peu de soutien avant. Avec la naissance de sa fille, elle n’en a presque plus. Vous pensez que les seigneurs des grandes maisons accepteront longtemps de s’agenouiller ? Allons, soyons généreux et souhaitons un règne long à ma cousine, disons quarante ans, avec deux femmes au pouvoir. »

‘Il n’a pas tort,’ pensai-je, conscient de l’état préoccupant des nobles à travers le royaume.

« C’est ce que vous croyez, » rétorquai-je, tentant de ne pas fléchir.

Le prince haussa les épaules et déclara : « J’ai le Nord et le Val. »

Je voulais le contredire, mais il me coupa, fort et brutal :

« Je ne débats pas. Je sais que j’ai le soutien de ceux qui comptent. Un corbeau, quelques pièces d’or aux bonnes servantes, et l’affaire est réglée avant que vous n’ayez le temps de supplier qui que ce soit. »

Le cœur battant, je répliquai, furieux : « Personne ne croira vos mensonges. »

Aemon haussa de nouveau les épaules et répondit : « Ils n’ont pas besoin de croire aujourd’hui, mais ils s’en souviendront. »

‘Est-ce une menace ?’ me demandai-je.

Le prince brisa mes spéculations : « Vous avez vu comme il m’a été facile de vous attraper. Tuer le roi serait encore plus simple. Un verre au bon moment, et votre maison serait plongée dans le chaos le plus total, au milieu de la plus grande tempête meurtrière que ce royaume ait jamais connue. »

« Vous condamneriez le royaume à une guerre pour un œuf, » dis-je, horrifié par la froideur calculatrice de cet homme que tant considéraient comme courtois. Il n’était qu’un monstre prêt à toutes les fourberies pour élever sa maison au-dessus des autres.

« N’insultez pas mon intelligence. Ce n’est pas qu’un simple œuf. C’est l’avenir de ma maison. Si vous êtes prêt à détruire mon avenir en mettant le vôtre en jeu ainsi que celui de tout le royaume, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire autant, » répondit-il.

« Le Serpent de Mer ne… » tentai-je de rétorquer.

« L’alliance est déjà conclue. Mon fils sera l’échanson de son grand-père dès ses six jours de nom, et ce jusqu’à ses treize jours de nom, en échange d’une flotte de cinquante navires de guerre, deux cents navires de commerce, et une alliance commerciale stratégique entre la maison Velaryon et la maison Targaryen de Runestone. »

« De Runestone ? » demandai-je, surpris, car il ne s’était jamais officiellement présenté comme tel auparavant.

Il se nommait soit seigneur de la maison Royce, soit prince de la maison Targaryen.

« Vous m’avez bien entendu, » confirma Aemon, annonçant clairement qu’il comptait établir sa propre branche à Runestone.

‘Cela signifie qu’il va tracer une ligne claire entre lui et le reste de la famille royale,’ pensai-je, inquiet.

« C’est une grave erreur que vous êtes en train de commettre, » dis-je, conscient que cela fracturerait davantage le pouvoir du roi, qui s’était pourtant renforcé ces dernières années grâce à l’alliance entre les maisons Royce, Targaryen et Velaryon.

‘Avec cette séparation, nous n’aurons plus que trois dragons, dont deux appartenant aux princesses qui ne combattent pas. Le seul dragonnier capable de se battre sera Laenor,’ pensai-je, désespéré.

Aemon sourit, amusé par mes paroles, et dit doucement :

« Non, penser que j’étais le jouet de Viserys… c’était ça, votre erreur. »

Un silence tendu s’installa, chacun scrutant l’autre avec intensité. Finalement, je le rompis et demandai : « Qu’est-ce que vous voulez ? »

« Ce que je veux ? » dit-il en feignant la surprise, avant d’ajouter : « Je n’ai jamais désiré qu’une seule chose : que vous me laissiez en dehors de vos petites querelles. Je ne veux rien d’autre que profiter tranquillement de ma paix. Est-ce trop vous demander ? »

Je ne répondis pas, mais Aemon poursuivit d’un ton impérieux :

« En d’autres termes, vous avez moins d’une heure pour convaincre notre très cher roi que mon fils devrait recevoir le même droit de naissance que tous les princes de la maison Targaryen. Sinon, le roi et le reste du royaume apprendront qui est le véritable père de la bâtarde de Rhaenyra. »

Il tourna les talons, me laissant seul au milieu du couloir, mon cœur battant à tout rompre.

Ses paroles résonnaient dans mon esprit, tandis que je réalisais à quel point la position de ma maison était précaire.

'Toute l'histoire de ma Maison, tous les sacrifices à travers les centaines voires les milliers d'années de mes ancêtres ne tenait qu'à la seule parole du Prince Aemon' 


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