-Chapitre 145-
Added 2025-02-16 23:41:23 +0000 UTC-Chapitre 145-
-POV Jason Lannister-
Seigneur Jason Lannister,
Je vous écris à titre personnel pour vous informer que, lors de l’enquête que j’ai menée, j’ai appris que certaines personnes vous ont dénoncé comme faisant partie d’un groupe conspirant contre Sa Majesté le Roi ainsi que contre Sa Majesté la Princesse Héritière.
Ce groupe serait appelé par beaucoup les Verts et s’habillerait en conséquence.
D’après de nombreux nobles et serviteurs que j’ai interrogés, votre Maison serait sans aucun doute mêlée à tout cela.
Mais en tant que Main du Roi, je ne crois pas aux commérages de n’importe qui, et je suis toujours convaincu que vous n’avez jamais eu l’intention de faire quoi que ce soit contre Sa Majesté le Roi Viserys.
En revanche, je suis conscient des tensions passées entre vous et ma cousine, qui vous aurait humilié.
Ainsi, dans un souci d’équité et d’objectivité, je ne peux totalement écarter la possibilité que vous ayez participé à cette conspiration.
Vous avez jusqu’au tournoi célébrant la nouvelle position que j’occupe, grâce à Sa Majesté le Roi Viserys, pour vous rendre à la cour et faire entendre votre témoignage.
Si vous ne venez pas de vous-même, je considérerai par défaut que vous étiez au courant de cette ignoble conspiration et même que vous y avez participé.
Je chargerai tous les chevaliers et seigneurs du royaume de vous traquer afin de vous traîner dans la capitale pour faire face à la justice du Trône de Fer, c’est-à-dire au feu du dragon.
Cette sanction s’appliquera également à tous les membres de votre Maison.
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« Signé Aemon Targaryen, Main du Roi, Prince du Val, suivi de toute la liste de ses titres secondaires. »
‘Que dois-je faire ?’ pensai-je en serrant mes mains nerveusement, incapable de réfléchir correctement.
« C’est une insulte à votre encontre, monseigneur. Si vous voulez mon avis, il serait plus prudent de prendre contact avec le seigneur Orm… »
« Merci, ce sera tout, mestre Myles, » dit Johanna, obligeant le nouveau mestre de Castral Roc à se taire et à quitter la pièce.
Le mestre voulut ajouter quelque chose, mais il dut se plier sous le regard acéré de mon épouse.
« N’écoute plus rien de ce que cet imbécile te souffle à l’oreille. »
« Arrête de me parler comme si j’étais stupide. »
« Alors arrête de te comporter comme si tu l’étais, » répondit Johanna en grinçant des dents de douleur.
« Est-ce que tu vas bien ? » demandai-je, inquiet.
C’était sa quatrième grossesse, et tous les mestres qui l’avaient auscultée par le passé lui avaient conseillé de ne plus tomber enceinte sous peine d’y laisser sa vie.
‘Mais c’est une véritable lionne,’ pensai-je, respectant malgré tout la force de caractère qu’elle avait.
« Qu’est-ce que tu me conseilles de faire ? » demandai-je à mon épouse, qui avait toujours été de bon conseil.
« Je te conseille de suivre les recommandations que Tyland t’a données dans la lettre précédente, celle d’Aemon, » répondit-elle avant d’enchaîner :
« Rends-toi dans la capitale et fais preuve d’une fidélité à toute épreuve. Montre au roi, à la cour, mais surtout à la nouvelle Main qu’il n’y a rien à craindre de toi, que tu es un loyal serviteur de la Couronne. »
‘Tyland a toujours raison, de toute façon,’ pensai-je, légèrement jaloux des propos élogieux sortant de sa bouche, car, tout comme nos parents, j’étais sûr et certain qu’elle le préférait à moi.
‘Forcément, puisqu’il est le plus intelligent de nous deux,’ me dis-je d’un ton légèrement amer.
‘Mais au final, c’est moi l’aîné,’ pensai-je.
Après quelques secondes de réflexion, Johanna ajouta :
« Rapproche-toi autant que possible de lui et offre l’une de nos filles en fiançailles à l’un de ses fils afin d’entrer dans ses bonnes grâces. Peu importe lequel, ils sont de toute façon tous les deux dragonniers, et l’un des deux pourrait bien être propulsé à la tête de la Maison Velaryon si la bâtardise des enfants de Rhaenyra venait à être évoquée publiquement, comme semble le penser Tyland. »
« Tu penses qu’il pourrait réussir à prendre la couronne ? » demandai-je soudainement.
« Le Prince Aemon ? »
J’hochai la tête.
« Ce n’est pas une question de ‘pouvoir le faire’, c’est plus une question de ‘vouloir le faire’, » répondit Johanna. Et elle avait raison. Si une guerre éclatait aujourd’hui ou dans les cinq prochaines années, le Prince Aemon pourrait facilement prendre le Trône de Fer.
« Pourquoi ne le fait-il pas ? » demandai-je, posant enfin la véritable question qui me hantait depuis que j’avais appris à quel point Aemon Targaryen était puissant.
« Qui sait ? Peut-être qu’il n’est pas prêt à sacrifier ce qu’il a pour quelque chose qu’il pourrait potentiellement obtenir, » répondit Johanna d’un ton plat. Mais je la connaissais depuis trop longtemps pour ne pas y percevoir une pique cachée à mon égard.
Depuis quelques années, j’avais certes pris une maîtresse afin d’avoir un fils, mais elle ne m’avait donné que des filles jusqu’à aujourd’hui.
‘J’ai sacrifié notre bonne entente pour un fils qui ne vient pas,’ pensai-je, car j’en étais déjà à deux filles naturelles avec ma maîtresse favorite.
‘Peut-être que le problème vient de moi, finalement,’ pensai-je en baissant les yeux, légèrement honteux.
J’ai senti la main de Johanna se poser sur la mienne, puis elle ajouta :
« Ne baisse pas les yeux devant quiconque. N’oublie pas quel blason tu portes et ce que tu représentes. »
‘Elle a raison,’ pensai-je en poussant un profond soupir.
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-POV Ormund Hightower-
Cher cousin,
Je vous écris afin de vous informer que nous sommes dans une situation extrêmement précaire.
J’imagine que vous avez sûrement eu vent de tous les changements survenus après la nomination d’Aemon Targaryen dans la capitale.
Le vent a tourné, et nous sommes en train de perdre un à un tous nos soutiens.
Myles m’a fait parvenir une lettre dans laquelle il s’indignait d’avoir surpris une conversation entre Jason Lannister et sa femme.
Il semblerait que le lion de Castral Roc ne soit rien de plus qu’un gros chat dominé par sa dame, et que cette dernière ait un faible pour le prince, au point de lui avoir pratiquement ordonné de baiser ses pieds à chaque foulée.
J’ai perdu tout pouvoir dans la capitale, et ma sœur reste enfermée avec ses enfants.
Je ne sais pas ce qu’il adviendra de mon père, mais tout ce que je sais, c’est que si nous l’abandonnons à son sort, la Maison Hightower sera la prochaine à tomber, car nous avons fait peur à trop de personnes.
Il est temps de montrer à tous pourquoi même le Conquérant a dû remettre pied à terre pour nous faire face.
Il est temps de faire preuve de force et de prouver que le phare d’Oldtown est le phare de tout Westeros.
Le phare de la foi, un lieu béni par les dieux eux-mêmes.
Ser Bryndon Hightower
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« Qu’en pensez-vous, archimestre Dorian ? » demandai-je en regardant mon grand-oncle.
« Il est aveuglé par la colère et l’orgueil, » dit calmement mon grand-oncle, pas le moins du monde impressionné ni même inquiet par le tableau sombre dépeint par mon cousin.
« Pour être tout à fait honnête, je n’aime pas beaucoup ce Bryndon. Il n’a pas ce qu’il faut pour prendre la suite de son père, qui était également un grand homme avant que son orgueil et son ignorance ne le poussent à titiller le dragon, » dit-il, digressant au milieu de sa phrase avant de soudainement reprendre :
« Mais il faut bien reconnaître qu’il a raison. Si nous laissons le Prince Aemon libre de faire ce qui lui chante, alors il n’aura aucune difficulté à abattre tout ce que la Maison Hightower a pris des centaines, voire des milliers de générations à bâtir. »
« Que me conseillez-vous alors ? » demandai-je.
« Je ne sais pas, je suis hésitant, » répondit-il avant de se tourner vers son vieil ami, le Haut Septon Peremore, qui descendait lui aussi de ma Maison, à en croire les rumeurs.
Mais quoi qu’il en soit, il s’était toujours montré extrêmement loyal envers notre Maison, et j’avais un grand respect pour ces deux vieux hommes, qui avaient été les conseillers de mon père et même de son père avant lui.
« Qu’en penses-tu, Peremore ? Tu as toujours été meilleur que moi pour prendre des décisions en temps de crise, » demanda mon grand-oncle au Haut Septon.
« Je ne sais pas trop non plus, car j’ai l’impression de retrouver un Maegor plus jeune dans le Prince Aemon. Ils ont tous les deux cette même arrogance, cette même certitude de supériorité que leur confèrent leurs dragons. Mais il est plus intelligent. Ce que j’ignore en revanche, c’est le degré de cruauté qu’il pourra se permettre de montrer au monde, » dit Peremore.
L’archimestre Dorian hocha la tête et dit :
« Je suis assez d’accord avec toi. Mais ce qui devrait être le plus préoccupant, ce n’est pas le degré de cruauté qu’il pourrait montrer, mais le degré de cruauté qu’il pourrait assumer. »
Je fronçai les sourcils, ce qui n’échappa pas à mon grand-oncle, qui ajouta pour expliquer ses pensées :
« Tout le monde ne naît pas avec la capacité de brûler des milliers de personnes dans les flammes du dragon. »
« Il a tout de même pris les Stepstones, » dis-je, les sourcils toujours froncés, car je n’étais pas certain qu’ils avaient raison de douter de la cruauté du Prince Aemon.
Le Haut Septon hocha la tête et répondit ensuite :
« Certes, mais si j’ai bien compris, il a essayé de limiter les pertes humaines au minimum lorsqu’il en avait l’occasion. Il a détruit les constructions défensives sur les îles des Degrés de Pierre afin que les garnisons soient sans défense et que les pirates prennent rapidement possession de ces dernières. »
L’archimestre hocha la tête :
« Tu as tout à fait raison, mon vieil ami. C’est cette petite lâcheté qui pourrait lui faire défaut et qui pourrait nous avantager dans ce conflit. »
« Comment pourrions-nous en tirer profit ? Il peut pratiquement commander tous les cavaliers, hormis le roi et la princesse, » demandai-je, ne voyant pas comment nous pourrions nous tirer de ce mauvais pas, outre nier nos liens avec mon oncle.
Mon grand-oncle sourit et dit doucement :
« Valar Morghulis, mon cher neveu… même les dragons. »