-Chapitre 84-
Added 2024-12-13 00:33:55 +0000 UTC-Chapitre 84-
-POV Garlan Tyrell-
En arrivant sur les remparts, je remarquai immédiatement les yeux écarquillés de mon beau-père, qui observait l’armée de Ronnet Connington sous nos murs.
Il ne me fallut qu’un instant pour dire ce que tout le monde pensait sûrement en son for intérieur mais n’osait exprimer : « Nous devons fuir. »
« Je préfère encore mourir que de laisser ces Stormlanders arrogants saccager mon fief sans réagir », dit le père de Léonette, laissant son orgueil parler à sa place.
« Alors vous êtes sur la bonne voie », murmurai-je, désapprouvant ses paroles, car nous n’avions pas les hommes pour tenir ce château, et Léonette était ici avec mon enfant à naître.
‘Je ne les laisserai jamais subir le moindre mal. Je préfère encore mourir’, me dis-je intérieurement.
Le visage de mon beau-père prit une teinte écarlate, et il s’adressa à moi d’un ton qu’il n’avait encore jamais employé :
« N’oublie pas à qui tu t’adresses, mon garçon. Dois-je te rappeler que je suis… »
Je l’interrompis, furieux qu’il laisse son orgueil dicter ses pensées au point de croire que nous avions une chance de les battre :
« …Vous n’êtes rien de plus que l’un des bannerets de mon père. Je ne laisserai pas votre orgueil, et encore moins votre vanité, coûter la vie à ma femme et à mon futur enfant. »
Nous nous fixâmes un long moment avant que Martyn ne prenne la parole et ne dise :
« Ce n’est pas le moment pour nous de nous disputer. La dissension ne fait que profiter à l’ennemi. »
« Ils ont déjà gagné », dis-je en reconnaissant le blason de la maison Grandison, juste derrière celui de la maison Connington.
‘Cela veut dire qu’Arion Grandison est à la tête de cette armée, l’un des meilleurs et des plus fidèles lieutenants de Ronnet’, me dis-je.
‘Il a sûrement envoyé ses autres lieutenants de confiance, placés à la tête des maisons Buckler, Morrigen et Fell, dans d’autres directions avec d’autres cibles’, compris-je rapidement, car Ronnet était un excellent stratège.
‘Il n’y a qu’à voir la façon dont il a manipulé Renly et Stannis pour qu’ils s’entretuent, récoltant ainsi les lauriers’, pensai-je, convaincu qu’il n’avait jamais aimé ni voulu servir Renly, au vu de leur passif.
Il avait simplement compté sur la naïveté et l’arrogance de ce dernier pour le conduire à sa ruine.
Martyn, stupéfait que je sois aussi pessimiste et que j’envisage de fuir avec une telle facilité, dit alors :
« Qu’est-ce que tu racontes ? Nous pouvons tenir le temps que des… »
« Nous aurions pu tenir si c’était une armée de paysans qui nous attaquait, mais ce n’est clairement pas le cas. Ils ont réussi à atteindre cet endroit aussi rapidement que le messager, qui avait un cheval… » essayai-je de dire en l’interrompant, mais il ne me laissa pas finir et répliqua à son tour : « Il a dû faire des détours à cause de ses poursuivants. »
« Cela n’enlève rien à leur discipline. Seule une véritable armée entraînée peut réussir ce genre de choses. Aucune levée ne pourrait y arriver, et surtout pas avec une telle rigueur », dis-je en roulant des yeux, agacé par la manière dont il essayait de se rassurer.
‘Même si nous arrivions à tenir par miracle un jour face à une telle armée, nous ne tiendrions pas assez longtemps pour voir les renforts arriver’, pensai-je.
« Regarde simplement leur formation », dis-je en montrant du doigt les carrés de soldats parfaitement positionnés, attendant sans bouger d’un poil les ordres de leurs officiers.
« C’est peut-être… »
« Il a raison », dit mon beau-père, réduisant son fils aîné au silence tout en reconnaissant mes propos à contrecœur, avant d’ajouter obstinément : « Mais nous ne pouvons pas fuir. »
« Alors qu’allons-nous faire ? Attendre simplement qu’ils entrent pour tout piller et tout brûler ?! » dis-je, terriblement agacé par cet orgueil qui bridait clairement son jugement.
« Nous devons essayer de gagner du temps », dit le père de Léonette.
Juste au moment où il voulut ajouter quelque chose, une partie de l’armée, qui était à l’arrêt, se mit à avancer très rapidement, ne nous laissant pas le temps d’organiser nos défenses.
Ils avaient compris que nous n’ouvririons pas les portes.
« Je ne suis pas sûr qu’ils soient d’accord pour négocier avec vous », dis-je en observant la marée de soldats qui fondait sur nos remparts.
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-POV Arion Grandison-
« Ser Fredrik ! » dis-je en appelant l’un des chevaliers noirs de Ronnet, accessoirement aussi le capitaine de la seconde troupe des Chiens Noirs.
Ce dernier fit avancer son cheval pour se rapprocher de moi afin de recevoir mes instructions.
Une fois proche, il ôta son heaume et attendit mes ordres.
« Comme à Ashford », dis-je, lui donnant un ordre simple, car bien qu’il fût un combattant exceptionnel...
‘...C’est uniquement dû au sang de Ronnet’, ajoutai-je intérieurement, légèrement envieux.
Il me toisa du regard quelques secondes, puis remit son heaume sans un mot avant de siffler ses chiens et de se diriger vers les murs.
Je fis signe à Jonas Estermont d’envoyer ses troupes pour couvrir les Chiens Noirs afin qu’ils se mêlent aux soldats, et j’attendis de voir un tiers de mes hommes prendre d’assaut les portes du château.
‘D’abord Wylde, puis maintenant Estermont. J’utilise leurs hommes comme chair à canon, car les leurs sont beaucoup moins entraînés que les nôtres, et j’aurai besoin des miens pour tenir Cider Hall.’
‘De toute façon, ce monstre est bien suffisant pour créer une brèche dans la défense de ce mur’, pensai-je, toujours impressionné par la façon dont Ser Fredrik avait grimpé sur les remparts de la ville d’Ashford.
Non seulement le colosse avait réussi à tenir sa position face à des défenseurs en large supériorité numérique, mais il avait aussi créé une ouverture permettant à de nombreux soldats de prendre pied sur le mur et de l’aider à contenir les vagues d’hommes qui s’abattaient sans cesse sur lui.
En moins d’une demi-heure, son équipe, composée d’une petite centaine de soldats, avait réussi à capturer une partie des murs, puis à se frayer un chemin jusqu’aux portes dans un véritable bain de sang.
‘Espérons qu’il puisse faire de même cette fois-ci’, me dis-je intérieurement en voyant les troupes commencer l’assaut.
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-POV Garlan Tyrell-
« Empêchez-les de monter avec ces foutues échelles ! » hurla mon beau-père en voyant des centaines d’hommes portant un uniforme différent de celui des soldats ordinaires.
‘Tous en noir et dirigés par ce qui me semblait être un chevalier’, pensai-je en voyant un homme au bas des remparts, portant une armure complète digne des meilleurs chevaliers du Reach.
‘Je dois me battre’, me dis-je voulant prêter main-forte, mais...
‘Je dois mettre Léonette à l’abri du danger.’
Les flèches sifflaient sans arrêt tandis que je débattais intérieurement sur ce que je devais faire.
J’avais clairement le sentiment que, si nous continuions ainsi, nous n’y gagnerions rien.
Mais je ne pouvais pas dicter à mon beau-père ce qu’il devait faire.
‘Et je n’ai pas la certitude que, même si nous nous rendions, nous serions épargnés’, pensai-je, me souvenant de la lettre de Margaery qui accompagnait celle de grand-mère.
‘Si Ronnet Connington est réellement persuadé que nous l’avons trahi, alors ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend’, me dis-je, tremblant face aux souvenirs que j’avais de lui et qui affluaient sans cesse.
‘Ils ne peuvent pas comprendre parce qu’ils ne l’ont pas vu combattre. C’est un putain de monstre’, pensai-je en me rappelant son armure dégoulinant de sang, comme s’il avait plongé dans une rivière écarlate.
« ATTENTION… » hurla un archer essayant de nous alerter.
Le temps que je tourne la tête vers lui, distrait par mes pensées, je vis une hache lui fendre le visage en deux.
Avant même que je puisse être choqué par sa mort, un homme prit pied sur les remparts.
« TUEZ-LE ! » hurla Martyn de manière frénétique en chargeant le chevalier noir.
Contrairement à mon habitude, je ne me lançai pas tête baissée.
Je restai figé, paralysé par la peur.
Ce n’était pas par lâcheté, non… C’était simplement parce que, pendant une seconde, l’image de ce chevalier et celle de Ronnet Connington se superposèrent.
Sans difficulté, il retira sa hache de la tête de l’archer, puis esquiva avec grâce en sautant en l’air pour éviter les épées qui tentaient de l’embrocher.
‘Ce sont les mêmes types de monstres’, pensai-je, reconnaissant parfaitement le style de Ronnet.
En atterrissant dos à ses trois assaillants, il lança sa hache droit sur moi. Pendant un instant, je crus que ma vie s’arrêterait là.
Mais ce ne fut pas le cas : la hache frôla mon visage et se planta dans le crâne de mon beau-père.
Un bref instant, j’eus l’impression que le temps s’était arrêté.
Je tournai la tête pour voir le corps du père de Léonette s’effondrer au sol, sans vie.
J’entendis Martyn hurler de rage, mais ce cri ne dura qu’un bref instant.
Quand je me retournai pour l’observer, sa tête roulait déjà à mes pieds, proprement décapitée.
Les soldats les plus proches du chevalier noir se replièrent rapidement pour former un cercle autour de lui, tandis que de plus en plus de ses subordonnés affluaient.
‘Pour Léonette’, pensai-je en avançant, décidant de prendre les choses en main puisque le seigneur et l’héritier du château venaient de mourir.
« NOUS NOUS RENDONS ! » hurlai-je, mettant toute l’autorité possible dans ma voix.
« Si vous acceptez d’assurer notre sécu… »
Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase.
Une douleur fulgurante traversa le côté droit de mon visage, et je me sentis tomber à la renverse avant de sombrer dans les ténèbres.