-Chapitre 93-
Added 2024-10-31 00:33:23 +0000 UTC-Chapitre 93-
-POV Rhea Royce-
« Quelle différence cela fait-il ? » lui ai-je demandé, ne comprenant pas le sens de sa soudaine question.
« La différence est très simple, » dit-il, les sourcils froncés, m’indiquant subtilement qu’il était sérieusement agacé : « Cela fait pratiquement une décennie que j’essaye d’instaurer sur mes terres une hiérarchie stricte où tout en bas se trouvent nos serviteurs, ensuite notre famille, puis tout en haut, il y a nous. Tu étais… du moins jusqu’à ce que je me marie avec Laena, la seule personne qui avait un statut presque égal au mien. »
« Maintenant, explique-moi comment devrais-je traiter un serviteur qui a une relation avec ma mère ? Dois-je le traiter comme un serviteur, comme un membre de la famille, ou comme l’un des nôtres ? » dit-il en posant une question dont il n’attendait pas vraiment la réponse.
« Willem fera tout ce que tu lui diras de faire, » dis-je en essayant de plaider en faveur de Willem.
Aemon hocha la tête et dit : « Pendant un temps, ou peut-être qu’il obéira même fidèlement à toutes mes instructions, mais toi, tu n’accepteras pas tout ce que je lui demanderai de faire, et n’essaye pas de le nier. »
« C’est faux, » dis-je.
« Je pourrais demander sciemment à n’importe lequel de mes chevaliers de mourir pour moi, et ils le feraient tous, car je les ai préparés à cela. C’est l’une des conditions pour faire partie de l’ordre des boucliers de bronze, et tu le sais parfaitement, » ajouta-t-il, de plus en plus irrité.
‘Au moins, cette facette de lui n’a pas changé : il parvient toujours à exprimer ce qu’il ressent ouvertement face à moi,’ pensai-je distraitement avant de revenir brusquement à la réalité.
« Je ne lui faisais pas confiance avant qu’il ne soit ton bouclier juré, car je savais que c’était Daemon qui était son maître. Je ne l’ai gardé que sous ta recommandation une fois que j’ai renvoyé tous les autres candidats, car il avait toujours été prévenant avec nous, mais… ce qu’il a fait ensuite était clairement un abus de confiance. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles je ne lui fais toujours pas confiance. L’autre est que je sais que tu n’as aucun contrôle sur lui et que c’est même lui qui en exerce sur toi, à tel point que tu absorbes à présent ses opinions comme une éponge, » dit-il d’un ton mesuré, sans hausser la voix mais visiblement très en colère.
« Je ne te permets pas de me parler ainsi, Aemon, » dis-je, moi aussi, énervée.
« Je ne t’ai pas manqué de respect, mère, mais j’ai de moins en moins confiance en tes conseils ainsi qu’en ton jugement lorsque tu es près de cet homme, et cette confiance ne fera que diminuer avec le temps, » dit-il.
« C’est une menace ? » demandai-je, n’appréciant pas la menace subtile dans ses paroles.
Aemon émit un léger rire sarcastique avant de secouer la tête en disant : « Ce n’est rien de tel. Je t’explique simplement et sincèrement pourquoi je ne te fais plus confiance. C’est aussi simple que cela. Donc, si à l’avenir, je ne te parle plus de mes projets, tu sauras désormais pourquoi. »
« Que veux-tu que je fasse ? Si tu veux que j’arrête de le fréquenter, il te suffit de le dire, » dis-je, pratiquement vaincue.
« Il n’y a rien à faire ni même rien d’autre à dire sur le sujet. Je sais pertinemment que si tu devais absolument faire un choix, tu me choisirais, mais cela te ferait quand même du mal de ne pas le choisir, et ce n’est pas mon objectif. Rien ne changera entre nous ; tu ne seras juste plus consultée sur mes projets politiques et économiques, » dit Aemon.
‘Rien ne changera, dit-il. C’est pratiquement toute sa vie. Sans cela, je serais coupée d’une grande partie de lui,’ pensai-je.
« Tu veux me punir de ne pas t’avoir dit que… » lui demandai-je, ne comprenant pas pourquoi il avait décidé cela sans jamais m’en parler avant.
« Ce n’est pas une punition. C’est simplement ce qui était de toute façon censé arriver dans quelques lunes, lors de ma majorité et de la fin de ta régence, mère, » dit Aemon.
‘Il ne veut même plus dialoguer,’ compris-je en sentant le ton un peu plus distant d’Aemon.
« Faisons abstraction de cela, » dis-je, essayant d’enfouir au plus profond de mon esprit tout ce que mon fils venait de me dire pour me concentrer sur le plus urgent.
Aemon hocha tranquillement la tête, attendant de savoir ce que j’allais lui dire.
« J’ai discuté avec oncle Yohn, et je tiens à te prévenir : il est furieux contre toi. »
« Et ? » demanda Aemon, comprenant que cela devait arriver de toute façon.
« Aemon, tu as eu tellement de mal à être accepté par l’entièreté de notre Maison, ne gâche pas tout simplement parce que tu veux plus de soldats. »
Aemon sourit doucement sans rien dire ; je connaissais assez mon fils pour savoir qu’il venait de sourire ainsi parce que j’avais dit quelque chose qui était…
‘À son sens, complètement stupide,’ pensai-je intérieurement, sans comprendre ce que j’avais dit de stupide.
« Mère, je sais parfaitement pourquoi ils sont tous en vie et surtout pourquoi je me suis donné autant de mal à les unir sous ma bannière… »
‘Principalement pour les mariages que tu pourrais arranger ainsi que pour avoir des castellans fidèles à notre Maison, car ils en sont membres.’
« Mais je sais aussi pourquoi grand-oncle Yohn s’est couché devant moi et pourquoi il le refera autant de fois que nécessaire ; sinon, il m’aurait parlé directement et non à ma régente. »
‘À cause de Vhagar.’
« Tout a changé depuis ce mariage ; c’est toi-même qui me l’a dit, et ils devront soit accepter d’avancer, soit… »
« Comment penses-tu que Gunthor prendrait le fait que tu invites les meurtriers de son frère à notre table ? » dis-je en l’interrompant brusquement, utilisant mon dernier recours.
‘Il aimait Daman autant qu’il aime Gunthor ; c’est même grâce à Daman que Gunthor et Aemon se sont rapprochés autant.’
Le visage d’Aemon se froissa instantanément, signe que j’avais touché une corde sensible en lui, mais il se reprit rapidement et dit d’un ton glacial :
« Gunthor ne m’aurait pas questionné ainsi, parce que Gunthor m’est loyal, ce que tu n’es visiblement pas, ou du moins, tu viens de me prouver où va ta véritable loyauté. Et sache que je saurai m’en souvenir. »
Il me regarda un instant, le visage figé comme de la glace, mais ses yeux, que j’ai toujours trouvés si beaux, brûlaient d’une fureur contenue avant qu’il ne tourne les talons et s’éloigne.
‘Merde.’