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-Chapitre 66-

-Chapitre 66-

-Lendemain-

-POV Laena Velaryon-

« C’est enfin le grand jour », dit mère en passant devant moi pour choisir le collier que je porterais aujourd’hui.

‘Le jour de mon mariage’, pensai-je en observant le collier de pierres précieuses bleu clair.

« Enfin », dis-je sans grand enthousiasme.

« Tu n’as pas l’air pressée de te marier », remarqua mère.

« J’ai appris que Père et Aemon se sont encore disputés », dis-je, agacée.

‘Je ne veux pas passer le reste de ma vie à constamment choisir entre la famille qui m’a donné naissance et celle à laquelle je compte donner naissance’, pensai-je.

« Aemon a vraiment fait des siennes cette fois », dit mère, attirant mon attention, car elle était généralement la première à le défendre.

« Qu’a-t-il fait ? » ai-je demandé.

Mère roula des yeux et dit : « Il aurait, selon les dires de ton père bien sûr, cherché à l’insulter plusieurs fois tout en le faisant passer pour un traître devant le roi et le conseil. Mais ce qui est le plus impardonnable, c’est qu’il a réussi à faire taxer tous les produits de notre maison, ce qui creusera un trou non négligeable dans nos coffres. »

« Cela ne peut plus durer. Je ne veux pas finir par devenir l’ennemie de ma famille pour une question d’orgueil », dis-je, inquiète que cette histoire n’aille plus loin.

« Tu n’as pas à l’être », dit-elle tendrement en m’attrapant les joues.

« J’ai bien compris que mon avis n’avait pas ou peu de poids dans la balance pour ces deux-là, mais je refuse de vivre comme ça. Je préfère autant ne pas me marier », dis-je, envisageant le temps d’un instant de fuir à Essos.

‘Mais même comme ça, cela pourrait mettre plus d’huile sur ce brasier qu’autre chose’, pensai-je en abandonnant rapidement cette voie.

Mère rit de mon idée et dit : « C’est parce que, jusqu’à aujourd’hui, vous n’étiez que fiancés. Une fois que tu deviendras sa femme, vous formerez une équipe. Aemon n’est pas bête, ce qui te donnera plus de poids. Sans parler du fait qu’une fois que tu lui auras donné un enfant, sois certaine qu’il ne pourra plus se passer de toi. Vous serez liés à jamais par la parentalité, et ton avis aura autant de poids, voire à certains moments plus que le sien. »

« Tu parles en connaissance de cause ? » demandai-je, un peu rassurée.

Mère hocha la tête et dit : « Crois-moi quand je te dis que si ton père pouvait encore être sur un bateau, il le serait encore… »

« …Mais il a trop peur de la colère de son dragon pour commettre une telle erreur », dit Père en entrant.

J’ai souri et je l’ai serré dans mes bras. Mère attendit qu’il me lâche pour lui demander :

« Alors, comment se porte-t-il ? »

‘Elle parle de Laenor’, pensai-je à mon petit frère qui était dévasté par la perte de son…

‘Amant’.

« Il arrive à faire semblant, mais ça se verra tôt ou tard s’il continue comme ça », dit mon père, n’osant même pas aborder à haute voix ce sujet.

‘Les murs ont tellement d’oreilles ici que c’en est indécent’, pensai-je, comprenant la raison pour laquelle il n’osait pas parler clairement.

« Il ne boit plus ? », demanda mère.

Père secoua la tête, les sourcils froncés, et dit : « Il était déjà à son deuxième verre quand je suis arrivé. »

« À ce rythme-là, il arrivera à la cérémonie totalement ivre », dit mère en me forçant à m’asseoir pour arranger une dernière fois ma coiffure.

« Au moins, il sera debout. Tout ce qui compte, c’est qu’il puisse faire ce que l’on attend de lui cette nuit, le reste n’a pas d’importance. »

« Tu sais comment il est, Corlys. »

« Ne parlons plus de Laenor, nous avons assez parlé de lui. »

« Je n’arrive pas à croire que je vais vraiment accorder ta main à un homme, encore moins à ce petit… »

J’ai penché la tête, mon sourire s’effaçant, et père dit en roulant des yeux : « Très bien, ne parlons pas de ce garçon pour l’instant. »

Il n’a pas pu s’empêcher de continuer en disant : « Mais j’ai bien le droit de le détester pour t’avoir enlevée à moi. Je comptais te garder auprès de moi jusqu’au jour de ma mort. »

J’ai souri, secouant la tête devant les pitreries de mon père, et il dit, en tenant mes joues à son tour, me regardant, ému :

« Plus sérieusement, je suis incroyablement fier de la parfaite jeune femme que tu es, et je suis sûr que tu arriveras à dresser cet arrogant prince de pacotille comme il se doit. »

« Corlys », dit ma mère, agacée.

Père leva les mains et dit : « C’est bon, j’ai terminé. Tu es assez grande pour savoir ce qu’il te reste à faire. Quel que soit le nom que tu porteras, j’ai confiance en toi et je compte sur toi pour continuer de nous faire honneur. »

J’ai souri et j’ai dit : « Tu seras fier. »

« Je sais », dit-il avant de faire un bisou sur le haut de la tête de ma mère et de sortir.

« Même s’il ne le montre pas, il est très en colère », dis-je, mon sourire se réduisant en le voyant sortir.

« Oui, mais je pense aussi qu’au-delà de cette colère, ton père a trouvé un adversaire qu’il respecte. »

« Tu penses ? », dis-je, espérant vraiment qu’elle avait raison.

« J’en suis pratiquement certaine », dit mère.

« Fais passer le message à Aemon : tant qu’il ne s’occupera pas des affaires de ton père, la Maison Velaryon restera en dehors des siennes », ajouta-t-elle.

« Père est au courant de cela ? », demandai-je, car s’il n’était pas au courant de cela, ce n’était rien de plus qu’une promesse unilatérale de la part de ma mère et non une vraie promesse au nom de la Maison Velaryon.

« Non, mais je le connais depuis assez longtemps pour comprendre son état d’esprit à travers ses actions sans qu’il ait besoin de me parler », dit ma mère.

« Tu as l’air de savoir quelque chose que je ne sais pas », dis-je, comprenant qu’il y avait anguille sous roche.

« Cela se pourrait », dit-elle en souriant, heureuse de pouvoir s’amuser de moi.

« Allez, ne me torture pas, je veux savoir », dis-je en secouant son bras à plusieurs reprises.

« Bon, très bien, très bien, pas besoin d’agir comme une enfant. Je te rappelle que tu seras bientôt mère et Dame de Runestone, comporte-toi comme tel », dit-elle.

J’ai hoché la tête, souriante, et Mère commença à parler : « Corlys avait commencé à mettre en place un plan pour saigner les coffres de la Maison Royce et avait prévu de se rendre personnellement à Braavos pour conclure une affaire avec la famille Reyaan. »

« La famille de Garde Clés ? », demandai-je, surprise.

« Elle-même », dit-elle, étonnée que je connaisse l’influence de la famille Reyaan.

‘J’ai failli être mariée à cet incapable, j’ai dû apprendre quelles sont les familles avec le plus de pouvoir dans la cité’, pensai-je.

« Pourquoi ? Non, attends, ne me dis pas qu’Aemon fait du commerce avec eux », dis-je, comprenant rapidement ce que leur voulait mon père.

« Ton père pensait pareil, mais en réalité, c’est bien pire que ça. Ils achètent tous les produits vendus par la Maison Royce à un prix bien supérieur à la valeur du marché. Ils ne font pratiquement pas de bénéfices sur les produits achetés à Aemon, mais… »

‘Cela leur permet de rester en bons termes avec le dragonnier le plus dangereux de sa génération, et sûrement de ce siècle’, compris-je sans avoir besoin que ma mère n’ait à terminer sa phrase.

Un long silence plana entre nous, tandis que j’imaginais tout ce qui aurait pu se passer dans un tel cas de figure, mais à chaque fois, cela se terminait mal pour moi.

« Je ne connais pas très bien Aemon, mais je suis contente que Corlys n’ait pas été jusqu’au bout, car cela aurait très probablement été le début de sa fin », dit mère, sincèrement.

« Il n’oserait pas », dis-je, sans vraiment croire ce que je venais de dire.

‘Il le ferait sans hésiter si cela devait en arriver là.’

« Garde une chose en tête : ne présume pas des limites de ton mari, surtout quand il s’agit de pouvoir. Si Corlys avait eu un dragon, il aurait tout fait pour que je sois reine, que ce soit de mon plein gré ou non. Est-ce que tu comprends ? », dit-elle, plus sérieusement qu’elle ne l’avait jamais été.

J’ai hoché la tête dans un état légèrement second, et elle dit :

« Tu resteras à jamais notre fille, mais tu n’es pas la seule femme qu’il pourrait épouser. Plus vite vous deviendrez une équipe, mieux ce sera pour tout le monde. »

« Oui, mère », dis-je.

« Très bien. Alors maintenant, va, il est l’heure. Tu ne voudrais pas être en retard pour ton mariage », dit-elle en me tendant un bras que je pris.


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