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-Chapitre 55-

-Chapitre 55-

-POV Aemon Targaryen-

Après mon entrevue avec le roi, j’ai décidé de prendre un peu de temps pour me détendre.

Les moments de calme sont très rares dans ma vie, car je suis pratiquement occupé tous les jours de l’année, de la première à la dernière heure.

J’en profite donc en général pour passer ces rares moments à faire quelques figures acrobatiques avec Urrax dans les airs.

J’ai été tenté de le faire, mais en sortant de cette réunion avec le roi, j’ai décidé de m’amuser et de changer au passage cette réputation de lâche et de faible "ne sachant pas tenir une épée" que je traînais depuis un bon moment.

J’ai fait exprès d’induire tout le monde en erreur pour avoir des cartes à jouer en cas de problèmes.

J’ai fait en sorte de faire grandir la rumeur que je ne savais pas me battre et que j’avais peur du sang pour en tirer avantage sur mes ennemis.

Mais maintenant que ce moment est passé et que tout le monde est au courant que tout cela est faux, je vais faire tout l’inverse.

‘Je vais frapper fort pour marquer les esprits de tous afin de me forger une réputation aussi solide que possible avec un sparring,’ pensai-je en observant les chevaliers assermentés à mon oncle s’affronter dans la cour d’entraînement.

« Tu es sûr de vouloir faire ça ? » me demanda Gunthor en regardant la dizaine de chevaliers rassemblés dans la cour.

« Ne t’en fais pas, je sais me retenir quand il le faut », dis-je en attrapant une épée bâtarde sur le râtelier.

J’avais choisi cette heure de la journée, car je savais parfaitement qu’à cette heure-ci, tous les chevaliers présents dans la cour d’entraînement étaient les meilleurs.

Et ce, pour la simple et bonne raison qu’un grand nombre de jeunes dames, seules ou bien accompagnées de leurs frères ou même de leurs parents, étaient présentes pour évaluer ces chevaliers inconnus du grand public.

‘Ils espèrent tous être remarqués afin de devenir maître d’armes, capitaine d’une garde ou tout simplement amant pour la noblesse.’

Les chevaliers ici étaient tous des inconnus qui se battaient, mais contrairement à ce que j’attendais, ils avaient tous l’air très bien entraînés.

‘Certains d’entre eux pourraient même rivaliser avec l’élite de mes boucliers de bronze,’ pensai-je en observant les combats.

‘C’est sûrement parce qu’ils sont formés par les Kinsguards,’ pensai-je en regardant les jumeaux Cargyll donner des indications aux chevaliers.

« Ser, est-ce que vos poulains sont à la recherche d’un défi ? » dis-je en veillant à parler bien fort pour attirer l’attention.

‘Pas que j’en aie réellement besoin.’

« Ce n’est qu’un entraînement, mon prince », dit l’un des jumeaux.

‘J’ai du mal à les reconnaître quand ils sont ensemble.’

« Pareil pour moi », dis-je, pas le moins du monde découragé par l’excuse qu’il venait de me donner.

Les deux se regardèrent, hésitants, se demandant sûrement comment me refuser sans heurter ma fierté.

‘Ils ont peur de me blesser, mais ils craignent aussi que je me fasse battre,’ pensai-je en souriant légèrement devant la prévenance des deux jumeaux.

Bien que j’aie montré à tous ma maîtrise de l’escrime westerosie, je n’avais pas encore vaincu un adversaire de grande qualité.

‘Je n’avais surtout pas eu grand-chose à faire pour vaincre Leowyn Corbray. Cet imbécile n’avait aucun avantage sur moi, que ce soit en termes de capacités physiques ou d’habileté, sans compter qu’il était épuisé par ses combats précédents.’

Je souris donc et dis, confiant, aux chevaliers qui avaient cessé de s’entraîner pour m’écouter :

« J’offrirai Lady Forlorn à celui qui me vaincra. »

Tous écarquillèrent les yeux, même les deux jumeaux de la garde de mon oncle Viserys, puis ils haussèrent les épaules tandis que mon premier adversaire s’avançait pour me faire face.

« Quel est ton nom ? » demandai-je au chevalier.

« Je m’appelle Martyn, mon prince », répondit-il.

« De quelle maison ? » demandai-je, car la majorité des chevaliers assermentés à la Maison Targaryen étaient issus d’une maison noble.

‘Des deuxièmes ou troisièmes fils de la petite noblesse en quête de gloire, ainsi que des bâtards.’

« Aucune pour l’instant », dit-il, confiant à l’idée d’en fonder une à l’avenir.

« Je te souhaite de pouvoir en fonder une », dis-je tout en tapotant légèrement mon épée contre le sol en signe de provocation.

Très calme, mon adversaire ne prit pas à cœur ma petite pique et m’observa simplement, attendant de repérer une faiblesse dans ma garde.

‘Ça devient ennuyeux,’ pensai-je alors que de longues secondes s’écoulaient sans qu’aucune action ne se produise, le combat se réduisant à un duel de regards.

Je fis donc exprès d’ouvrir légèrement ma garde pour l’inciter à attaquer, ce qu’il fit sans tarder.

Je feignis un recul soudain pour bloquer son coup, surpris par la rapidité de son attaque, et il crut m’avoir.

Je poussai doucement son épée sur le côté tout en effectuant un demi-tour sur moi-même, beaucoup trop rapide pour qu’il puisse réagir.

Martyn n’osa pas bouger en sentant l’acier derrière son cou.

Je souris, sachant que j’avais gagné…

‘Sans grande surprise.’

… avant de relever mon épée tout en disant : « Tu t’es bien débrouillé. »

Le chevalier s’inclina, la tête baissée, sans rien dire, puis quitta directement la cour d’entraînement.

‘Oups, je viens peut-être de détruire sa confiance en lui,’ pensai-je avant de faire signe à tous les chevaliers présents de s’avancer, en tournant lentement sur moi-même.

‘Faisons cela rapidement.’

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-POV Corlys Velaryon-

J’observai Aemon faire signe à une vingtaine de chevaliers d’avancer, et cela m’irrita comme rarement dans ma vie, car il me rappelait son maudit père.

‘La même mauvaise graine.’

Le voir sourire et agir avec une telle arrogance m’agaçait profondément, car je n’oubliais pas la façon dont il m’avait ordonné de me taire devant toute la noblesse.

‘Rassemblée pour mon triomphe, il a eu l’audace de s’adresser à moi comme si je n’étais qu’un vulgaire ver de terre.’

« Regarde-le, » ne pus-je m’empêcher de dire, les dents serrées de rage.

« Il a fait croire à tout le monde qu’il ne savait pas tenir une épée, et maintenant le voici, jouant avec des foutus chevaliers qui ont tous deux fois son âge, » dis-je en serrant la rambarde de la terrasse, d’où j’observais Aemon déjouer gracieusement les attaques de ses adversaires.

« Il ne se bat pas en utilisant un style traditionnel, » observa Rhaenys, feignant de ne pas m’avoir entendu.

‘Et que pourrait-elle dire ? Elle défend ce gamin plus que notre propre fils quand nous nous disputons.’

Voyant qu’elle voulait m’ignorer, je dis, pour la faire réagir :

« Ça me rend malade de le voir s’amuser alors que Laenor est dans sa chambre, pleurant la mort de son ami. Il devrait avoir honte… »

« Ne termine pas cette phrase, pour l’amour des dieux, » dit Rhaenys, se tournant vers moi, un feu brûlant dans ses yeux, manifestement à bout de nerfs face à mes remarques.

‘Elle surprotège trop cet enfant alors que ce n’est même pas le sien,’ pensai-je en reniflant.

« Tu trouves cela normal ? » dis-je en désignant Aemon, toujours debout, entouré par une dizaine de chevaliers.

‘L’autre dizaine déjà vaincue,’ pensai-je en observant les chevaliers se tenant la gorge, l’aine, ou une côte.

Rhaenys hocha la tête, puis dit : « Je trouve cela normal, dans la mesure où tu as refusé qu’il grandisse aux côtés de ses cousins pour une vieille rancœur. Nous ne sommes pas différents d’étrangers à ses yeux. Ce gamin n’a pas peur de son père ni de Viserys, et tu crois que c’est toi qui l’effraieras ? »

« Je ne veux pas l’effrayer, je veux lui inculquer le respect qu’il me doit à moi, Seigneur de la Grande Maison Valyria. Même Viserys me doit ce respect, » dis-je doucement, mais en appuyant sur chaque mot pour exprimer mon agacement face à son attitude.

Rhaenys se détourna de moi, presque déçue, et dit :

« Il te respectera une fois que Laena sera sa femme, pour avoir la paix dans son foyer. Alors maintenant,à moins que tu ne veuilles pas la paix dans le tien, arrête de te plaindre. »

Je roulai des yeux, mais choisis de me taire, car Aemon était un sujet de dispute récurrent entre nous.

‘J’ai été bien naïf de croire que Laena pourrait contrôler cette catastrophe ambulante. Je vais devoir trouver une autre manière de lui inculquer le respect,’ pensai-je en observant Aemon vaincre de plus en plus facilement les derniers chevaliers, pas le moins du monde essoufflé par l’effort.

‘Pourquoi ne pas commencer par ses finances ? J’ai appris que le marché de la laine de Runestone est en plein essor grâce au partenariat signé avec la Société de Commerce Nuages Pourpres de la famille Reyaan.’


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