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Total Idiot
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Conversation avec Bébé Frankenstein, T.S. Anonyme

Salut la gang,

Certain.es d'entre vous nous ont dit avoir eu de la difficulté à bien comprendre les propos de Bébé Frankenstein dans le dernier épisode alors voici un transcript de notre conversation. Bonne lecture!


- Qu'est ce qui t'a mené là ? Pourquoi tu as choisi cette job ?

-Bien j'ai toujours été intéressé... Moi, c'est clair que je voulais travailler avec des familles. Je m'intéressais à la parentalité. Et puis je sais pas... pendant mes études, je m'intéressais à la DPJ. Le côté de la population vulnérable, des enfants, ça m'intéressait. Puis, en même temps, j'y allais un peu en étant critique de la patente, donc en me disant que si tout le monde qui est critique, n'y va pas, bien, je sais pas, ya personne pour changer les choses. Pour changer une petite affaire

-C'est quoi la réalité d'un employé de la DPJ en 2023 ?

-Hmmmm, ok. En général, je te dirais que tu as une charge de cas entre 15 à 20 enfants,

-ok.

-La dedans, il faut que tu les vois... bien, dans tout ce qui est tâche à faire, tu dois les voir une fois par mois dans leur milieu de vie. Donc s’ils habitent chez leurs parents, si ils sont en famille d'accueil ou si ils sont placés en unité, donc tu dois les visiter une fois par mois. Tu dois rencontrer les parents aussi régulièrement. Tu as des journées au tribunal, donc à aller présenter ton rapport et  les orientations de la direction. Au final, nous, on s'en va, comme, défendre la position de la Direction de la protection de la jeunesse, dans le fond...

-Dirais-tu que que vous êtes surchargé?

-Totalement

-Totalement?

-C'est pratiquement impossible, de... desfois de mettre les bouchées doubles sur un seul dossier qui mériterait ton attention mais en même temps, les autres choses prennent du retard, tu te le fait dire. Ça fait que souvent on se ramasse un peu à aller à l'essentiel puis, au minimum, je te dirais.

Ça fait que, sans surprise, comme les infirmières, les profs et à peu près tous les employés de la fonction publique, les employés de la DPJ sont surchargés et mal soutenus par un système dont les murs craquent. Eux autres aussi y font juste leur possible. Mais moi, ce que je veux savoir, c'est est ce qu'ils sont capables d'être  critiques de ce système là, même en étant à l'intérieur ?

-As tu l'impression que le système de la DPJ aide ou nuit aux enfants qu'il prend en charge en général?

-Les deux...

-Ça dépend évidemment des cas. Ouais.

-Ouais, Je pense que je ne serais plus là si je pensais qu'on fait juste nuire. Il y a des cas où vraiment on aide.  Il ya a des cas où la famille a vraiment besoin de soutient et dans certains cas extrêmes, l'enfant ne peut pas rester avec ses parents. Tu sais, je veux dire...

-Ouais ben ouais.

-Quand il ya des abus, de la négligence chronique grave, tu sais on est là aussi pour ça. Par contre, le manque de moyens... moi je pense qu'on nuie a cause d’un manque flagrant de ressources. J’ai des enfants dans mon case-load qui ne sont pas aux bons endroits, et qui n'ont pas été au bon endroit dans les dernières années par manque de ressources. Tu sais, des familles d'accueil, il nous en manque, Des familles d'accueil qui sont capables de dealer avec des enfants poqués, qui sont hypothéqués et qui ont des défis. Puis bien, on se ramasse avec des enfants qui au départ n'avaient pas tant de problèmes de comportement mais que personne ne sait vraiment ou les pitcher parce qu'on manque de ressources et on finit par les mettre dans des unités. Je pense qu'on fait partie parfois du problème dans cette roue qui tourne... mais on est devant un cul-de-sac parce que, tu sais, je veux dire, comme il n'y a pas de ressources, cet enfant là, qui mord tout le monde, mettons, puis qui brise tous les meubles dans une maison. Bien, Je peux comprendre, p-e que je jeterais la serviette en disant écoute, cet enfant là est too much...  mais là si tu reviens en arrière, cet enfant là est poqué parce que... il a vu des affaires pas possible. Ça fait que là il arrive poqué dans une famille d'accueil qui baisse les bras, essaye une autre famille d'accueil... Là cet enfant là il est comme... en déchirement, déchirement, déchirement. Il n’est pas capable de s'enraciner nulle part et on finit par le mettre... c’est ça, dans un centre d'accueil, un centre jeunesse et puis c’est ça... Pour moi on  contribue aux problèmes de cet enfant là..  Tsé desfois   , on en pleure nous autres dans les  bureaux, je veux dire... Tu sais, si mettons là... un super beau système avec des beaux foyers de groupes, des éducatrices, des éducateurs qui sont solides, que ça fait 20 ans, qui font ça, et qu’ont fait de la vraie réadaptation, qu’on sait où on s'en va et on a un plan de match. Oui, on pourrait, comme, faire des beaux placements comme ça... Mais la réalité, c’est on patch, on envoie ou est ce qu'il y a une place avec un roulement d'éducateurs qui... comprends tu ce que je...?
-Oui, oui, oui, je comprends. C'est ça, c'est que t'as t'as pas toute les outils que tu aurais de besoin pour vraiment faire la job que tu voudrais faire.

-J'ai vraiment pas tous ces outils là.

-D'ailleurs, ça me fait penser. Est ce qu'il y a une offre de support psychologique quelconque de la part de la DPJ?

-Hmmm ben on se fait dire desfois d’aller au PAE.. Programme d’aide aux employés,  comme ce qu’il y a  dans toutes les entreprises pas mal partout au Québec...

-Ok
-Ça devrait être plus qu’ailleur... Si tu veux mon avis... Si tu n’es pas parti en arrêt de maladie dans les cinq premières années... C’est comme...  c'est quasiment pas normal.

-Faut être inquiet pour toi finalement.

-Bien, un peu... Puis tu sais je ne veux pas que les gens pleurent sur notre sort...

-Non, non...

-Mais tsé  la complexité de la job aussi... Tu sais, on va au tribunal, on est porteur d’un rapport, on s’en va défendre ça.. On se fait questionner par des avocats de la défense qui nous rentrent dedans... le juge qui te questionne... Tu sais le stress est quand même important dans cette job là... Et Il y a tout l’autre bout qui est... de dealer l'agressivité de certains parents, de certains jeunes...

-Oui, et aussi les responsabilités quand même intense qu’on on vous demande de porter là. Je veux dire c'est pas... c'est pas rien, vous ne vous occupez pas d’outils de jardin non plus, c'est des enfants... Ça fait que j'imagine que vous devez ressentir une pression.

- Vendredi dernier, c'était une grosse semaine, puis vendredi six heures, j'ai craqué. J’ai braillé ma vie...  Mais c’est pas tout les semaines comme ça... mais des fois, c'est beaucoup.

-Question, est ce que t'as l'impression ou avez vous l'impression à la DPJ de vivre un peu, sous la loi de l'omerta ?

-Euh, oui, oui. Moi, je trouve que oui.

-Puis pourquoi tu penses que c'est comme ça ?

-Oh, je sais pas. Je pense que c'est quelquechose qui s’est installé dans le réseau de la santé, puis même de plus en plus dans le réseau de l’éducation... C'est comme les profs qui faisaient une montée de lait sur les réseaux sociaux puis là ils se font renvoyer...  Je sais pas, j’ai l’impression que graduellement, tu sais, avec je sais pas, on a des gouvernements plus conservateurs, et... que ça s'est installé tranquillement je pense cette loi de Tu Ne Critiques Pas parceque... Mais tu sais ce ‘est pas un employeur comme tout le monde là je veux dire...

-C’est l'État

-C'est l'État, c'est nous. On est quand même dans une société démocratique. Tu sais j’veux dire, je devrais  être capable de parler comme quoi que le réseau de la santé, au niveau la DPJ il ya des choses qui ne fonctionnent pas tu sais... Cette loi du silence là est pour moi  super dangereuse.

-Bien oui, c'est qu'en fait, ça permet de continuer dans le statu quo sans que personne le réalise. C'est un peu ça le problème, je pense. D'ailleurs, qu'est ce que tu penses que le grand public ne sait pas et puis devrait savoir à propos de la DPJ?

-Mon dieu, si tu peux juste dire qu'on n'a pas des bonus quand on place des enfants...

-Ça serait bien le boute de la marde. Ouais, une chance!

-On est minoritaires les travailleurs sociaux  dans les équipes de type... dans la job que je fais...

-Ouais

-Mes collègues sont criminologues de formation, quelques psychoéducateurs, donc ils ont une maîtrise, en psycho-ed...

-OK
ou des T.S... mais les T.S. on est en rendu minoritaire à la DPJ

-Ça fait que ça... parce que moi, ce que je comprends de ça, c'est que, c'est un peu comme l'idée de ce qu'on cherche, on finit par le trouver... Ça fait que si on cherche en partant de la criminologie, on va en trouver des choses pour fitter avec ça... Mais c'est aussi notre approche qui influence un peu ce qu'on trouve comme problème puis après ça, quelle approche on prend pour essayer de régler ces problèmes là ? Est ce que tu es d'accord avec moi ?

-Je pense que oui. Là, c'est sûr que ça change ta vision. Sauf que le problème est un peu arrivé à l'envers. C’est à dire que je ne pense pas me tromper en disant qu'il y a 20 ou 30 ans, c'était majoritairement des T.S. qui travaillaient à la DPJ... Les conditions se sont tellement... je veux dire... Sauf que les T.S. peuvent aller travailler pas mal partout dans le réseau. Tu peux aller travailler en CLSC, tu peux aller travailler dans un hopital, tu peux... Ça fait que je pense que peu à peu les T.S. ont quitté le navire. La DPJ a élargi ses critères d'embauche en disant bon bien, n'importe quoi. Tu as un bac en sciences humaines, qui est entre guillements, relation d’aide... Ça fait que tu es engagé...

-Qu'est ce qui fonctionne pas dans le système ?

-Mais je pense que c'est le réseau au complet tu sais... Une école qui signale parce qu'elle ne sait pas quoi faire parcequ’il y un enfant... Il devrait y avoir tellement de choses en amont, tu sais, tellement plus de services pour sortir le monde de la dèche... Tu sais pis que ça arrives chez nous quand vraiment c'est des cas lourds et que c'est du monde qui sont... je sais pas, trop prit dans de la toxico pour juste réaliser qu’il y a un problème... mais tu sais il y en a beaucoup pleins d’autres que c'est de l'argent dont ils ont besoin, c'est du service... J'ai l'impression qu'on changera pas la DPJ tant  qu'on réalisera pas que c’est le reste du réseau de la santé qui est en train de couler tu sais...

-Ouais... il manque quelque chose en fait, entre vous, le service d'urgence de fin de ligne, puis ce que j'appellerais disons les services plus normal pour tout le monde, l'école, la santé et tout ça.  Mais peut être des étapes entre les deux, qui permettraient peut être de réchapper des jeunes avant qu'on se rende là...

-Peut être... parce que quand t’arrives... Tu sais c’est triste à dire, mais j’ai.. j'ai beaucoup de pouvoir dans la vie des gens... Puis moi là si la DPJ débarquait chez nous même si je suis en grand besoin de services.  Je triperais pas là... Puis je suis pas sur que je serais la personne la plus collaborante au début.

Ça fait que peut être quelque chose effectivement où on est pas dans la coercition, justement là..
-Ouais
-Peut être qu'on en rattraperait beaucoup de gens comme ça... Parce qu'on se plait vraiment à dire qu’on a des mesures volontaires ET judicières... Mais je veux dire, qu’est-ce que tu penses qu'on dit aux gens qui veulent pas signer nos mesures volontaires?

-Ouais... ça fait que le consentement est pas tout à fait...

-Eh la la, pas tout à... non pas vraiment...

Même si c'est glauque pas à peu près tout ça, ça m'a... rassuré un peu d'avoir cette conversation. Il y a quand même une reconnaissance que le système doit changer de l'intérieur. Honnêtement, je commence à l'aimer Bébé Frankenstein... mais je savais qu'il fallait aussi que je lui pose la question difficile... La même question que j'ai posé à Jade, puis je savais pas trop comment ça allait être reçu.

-Moi, j'appelle ça des prisons pour enfants trouves-tu que j'exagère en disant ça.

-Euhhh... Bien... Je... oui. Oui, oui, je pense que oui.

-Hey, je ne sais pas pour vous. Mais quand quelqu'un prend huit secondes pour réfléchir à sa réponse, je trouve que ça en dit aussi long que la réponse elle même.

Conversation avec Bébé Frankenstein, T.S. Anonyme

Comments

Merci!

Julien Roussy

Wow merci!

Anabelle Paquette

Merci! Vraiment apprécié!

Caroline Dansereau-Loiselle

Merci beaucoup !

Andre


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